En Italie, une fin de campagne confuse

Articolo di Cyrille Louis, pubblicato su Le Figaro, sabato 23 febbraio.

 

Si le centre gauche a fait la course en tête, il n’est en rien assuré de pouvoir gouverner demain.

Deux mois après la chute du gouvernement Monti, la campagne pour les élections législatives et sénatoriales des 24 et 25 février s’est achevée, vendredi soir, dans une atmosphère de confusion entretenue par les diatribes de l’humoriste Beppe Grillo et les promesses fantasques de Silvio Berlusconi.

La coalition de centre gauche emmenée par Pier Luigi Bersani, créditée de 35 % des voix par des sondages réalisés début février, semble certes en mesure d’obtenir la majorité à la Chambre basse. Mais le rapport de forces au Sénat, autrement indécis, pourrait lui imposer de trouver un accord avec le président du Conseil sortant, Mario Monti, dont les «listes civiques» sont créditées de 12 à 14 % des voix. À moins qu’il ne rende tout simplement le pays ingouvernable.

La loi électorale italienne, que les partis critiquent régulièrement sans jamais la réformer, ne favorise guère la constitution d’une majorité stable. À la Chambre basse, la «prime de majorité» garantit 55 % des sièges à la coalition qui arrive en tête. Au Sénat en revanche, une «prime» distincte est distribuée pour chaque région en fonction de son poids démographique. Ces jours-ci, tous les regards sont tournés vers la Lombardie, la Sicile, la Campanie et la Vénétie, où la situation demeure indécise. Une défaite dans ces territoires clés pourrait coûter à la coalition de centre gauche la maîtrise du Sénat.

Aux dernières heures de sa campagne, Pier Luigi Bersani s’est donc appliqué à ménager aussi bien ses alliés du parti Gauche, écologie et liberté (SEL), emmenés par Nichi Vendola, que les centristes de Mario Monti, afin de ne pas insulter l’avenir. «Dès lundi soir, il faudra faire les comptes, justifie Enrico Letta, secrétaire général adjoint du Parti démocrate (PD). Depuis le début de cette campagne, nous avons fait connaître notre souhait d’élargir notre coalition. Les problèmes de l’Italie sont tels, en effet, que nous aurons besoin d’un consensus social fort pour gouverner.»

Sorti gagnant des primaires qui l’ont opposé au jeune maire de Florence, Matteo Renzi, l’ancien militant communiste Pier Luigi Bersani, 61 ans, a mené une campagne jugée «modérée», voire «terne», en comparaison de celle conduite par Silvio Bersluconi ou Beppe Grillo.

«Dans ce débat, trop peu de place a été accordée pour les vrais thèmes comme le chômage, la croissance, le développement, les droits», déplore le candidat du PD. Interrogé sur les coups de griffes que lui a plusieurs fois infligés Mario Monti, il élude: «La campagne a sa logique propre que je comprends. Pour sa part, le PD s’est toujours efforcé d’adopter un profil respectueux dans la confrontation avec le président du Conseil.»

La crainte d’une paralysie

Alors que l’Italie s’enfonce dans la récession – 114.000 entreprises ont fermé au cours de l’année passée -, Pier Luigi Bersani a promis de mettre l’accent sur la compétitivité en allégeant les charges sur le travail. «À ce jour, un salarié italien ne perçoit que 50 % de la somme déboursée par l’entreprise qui l’emploie, précise Enrico Letta. C’est notre grand problème, qui dissuade les employeurs d’embaucher et contribue à la multiplication des emplois flexibles. Pour y remédier, il est inévitable de baisser les taxes.»

Le candidat du centre gauche a fait savoir qu’il n’entend pas revenir sur les mesures d’austérité adoptées par le gouvernement technique de Mario Monti, avec qui il est contraint de s’entendre s’il veut pouvoir compter sur son soutien au Parlement. «Nous poursuivrons la politique d’examen systématique des dépenses qu’il a mise en place et ne remettrons pas en cause la réforme des retraites», résume Enrico Letta, qui exclut en revanche l’ouverture à court terme de nouveaux «chantiers de réformes». Ceux-ci, à l’évidence, ne seraient pas acceptés par l’extrême gauche de Nichi Vendola.

De son côté, Mario Monti répète sur tous les tons qu’il entend «défendre les progrès accomplis grâce aux sacrifices des Italiens» et réfute tout projet d’alliance avec le centre gauche, de crainte qu’une telle perspective n’éloigne une partie de ses électeurs. «Si Monti obtient un score trop faible, on peut craindre qu’il n’y ait pas de majorité claire au Sénat, décrypte Attilio Geroni, rédacteur en chef au quotidien économiqueIl Sole 24 Ore. Dans un tel scénario, on peut même imaginer une situation de paralysie telle qu’il faudrait organiser de nouvelles élections à l’automne. Il est certain que les taux d’intérêt, échaudés par le retour de Berlusconi, remonteraient alors en flèche.»

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